Cartes qui lâchent, ports USB muets, fonctions qui disparaissent une à une : l'électronique de nos matériels vieillit, et il y a de quoi la ménager...
Une usure normale, même sur du bon matériel
Un instrument d'astronomie passe ses nuits dehors, alimenté par des sources rarement pensées pour lui, et les cartes qui l'équipent sont des électroniques grand public. Trois chiffres donnent la mesure du problème.
- Un connecteur USB de type A ou B est donné pour 1 500 cycles d'insertion au minimum, contre 5 000 pour le mini-B et 10 000 pour le micro-USB et l'USB-C. Sur un montage qu'on démonte à chaque sortie, le compte descend plus vite qu'on ne le croit, et le connecteur soudé sur la carte s'use avant le câble.
- La durée de vie d'un condensateur électrolytique est divisée par deux à chaque fois que sa température monte de 10 °C. C'est cette pièce qui décide de la longévité d'une alimentation à découpage, et elle vieillit aussi à l'arrêt.
- Depuis le passage aux soudures sans plomb, la NASA et l'US Navy documentent des ruptures de joints et des barbes d'étain, ces filaments qui poussent tout seuls et finissent par court-circuiter deux pistes voisines. Les programmes spatiaux et militaires maintiennent pour cette raison des dérogations à l'obligation du sans-plomb.
Une panne électronique après quelques années n'est donc pas le signe d'un mauvais produit, c'est le régime d'usure de ces matériels. Nous développons ce point dans la FAQ J'ai une panne avec mon matériel. Que faire ?
Le froid n'est pas le coupable, la rosée l'est
Le froid en lui-même ne détruit pas une carte, il ralentit même le vieillissement des condensateurs. Ce qui abîme, c'est l'eau et le mouvement.
- La rosée se dépose dès qu'une surface descend sous le point de rosée de l'air, ce qui arrive presque toutes les nuits claires. L'eau restée sur un circuit produit deux corrosions : l'une ronge les pistes, l'autre fait pousser des dépôts métalliques entre des pistes qui n'auraient jamais dû se toucher.
- Le cycle chaud-froid de chaque sortie fait travailler les joints de soudure par dilatation. Cette fatigue thermique est la cause classique des pannes qui apparaissent après une heure dehors et se volatilisent au retour à l'atelier.
- Un matériel rentré glacé dans une pièce chauffée se couvre de condensation, à l'intérieur du boîtier comme à l'extérieur. Laissez-le revenir à température dans sa valise avant de le rebrancher.
La panne qui trompe : la carte qui ne perd qu'une fonction
En électronique, on s'attend à ce qu'une chose marche ou ne marche pas. Nous constatons pourtant très souvent l'inverse sur les cartes de montures : le suivi sidéral tourne, les pointages Go-To aboutissent, les déplacements manuels répondent, et une seule fonction reste muette, l'autoguidage par exemple. Ce demi-fonctionnement fait chercher pendant des semaines du côté des câbles, des pilotes et de Windows, alors que la carte est en cause.
Il n'y a là rien d'étonnant : une carte de monture porte plusieurs étages indépendants, et une décharge ou une surtension n'atteint qu'une entrée à la fois. La fonction touchée est celle dont le circuit a pris le coup, les autres continuent.
Les boucles de masse, première cause de dégâts électriques
Quand deux appareils sont reliés à la fois par leur alimentation et par un câble de données, le courant de masse dispose de deux chemins au lieu d'un. C'est une boucle de masse. Elle se manifeste par des déconnexions au hasard, des erreurs de transfert, du bruit dans les images, et parfois par un composant qui lâche. Le diagnostic est ingrat parce que le même montage peut très bien fonctionner un soir et pas le lendemain.
- La règle simple est une source unique pour tout le montage. Un ordinateur sur le secteur et une monture sur batterie, ce sont deux masses qui ne sont pas au même potentiel, reliées par un câble USB qui n'a pas été prévu pour ça.
- Quand une seule source ne suffit pas, l'usage en astrophotographie est de séparer proprement : une alimentation pour le numérique, ordinateur et concentrateur USB, une autre pour l'analogique, caméra, monture et résistances chauffantes.
- Un isolateur USB galvanique, boîtier dédié qui coupe la continuité électrique en laissant passer les données, règle le problème à la racine. Un câble EQ-Direct ordinaire n'en est pas un.
L'électricité statique : on détruit sans rien sentir
Certains composants sont compromis par une décharge de 30 volts. Une étincelle ne devient visible dans l'air qu'à partir de 380 volts, et la petite piqûre au bout du doigt demande plusieurs milliers de volts. Autrement dit, on peut abîmer une carte sans rien voir, rien entendre et rien sentir. Le dégât n'est pas toujours immédiat : il se traduit souvent par une défaillance qui n'apparaît que des mois plus tard, ce qui achève de brouiller les pistes.
Avant de toucher une carte nue, déchargez-vous sur une masse métallique reliée à la terre, évitez les vêtements synthétiques et tenez la carte par ses bords.
Les gestes qui font durer l'électronique
- Alimentez tout sur le secteur, ou tout sur batterie, mais pas les deux à la fois.
- Sortez la liaison informatique de la monture. Une interface EQ-Direct se branche à la place de la raquette et met l'électronique de conversion dans le câble plutôt que dans la monture : si quelque chose doit griller, autant que ce soit un câble. C'est la référence EM0002 pour les montures Sky-Watcher équatoriales à port RJ45, avec des variantes selon la monture et la longueur.
- Branchez et débranchez à froid, monture et ordinateur éteints.
- Allumez les alimentations en dernier, et éteignez-les en premier.
- Ne débranchez pas un périphérique USB pour le réveiller : désactivez-le puis réactivez-le dans le gestionnaire de périphériques de Windows, l'effet est le même sans le risque.
- Posez un fusible sur toute batterie de forte capacité, et un interrupteur qui coupe le courant sans avoir à tirer sur un connecteur.
- Reliez le trépied à la terre quand c'est possible : en déplacement, un piquet métallique et un câble suffisent.
- Rangez le matériel sec, et laissez-le sécher avant de fermer la valise.
L'ordre complet des branchements est détaillé dans la FAQ Comment brancher et débrancher mes matériels en toute sécurité ?, et le choix de la source de courant dans Quelle alimentation secteur ou batterie choisir pour mon matériel ?
Ce que le nautisme nous apprend
Le nautisme vit avec nos contraintes en pire : du 12 V, de l'humidité salée, des vibrations, et de l'électronique qui doit tenir des années. Trois de ses règles se transposent telles quelles.
- Le fusible se pose au plus près de la borne positive de la batterie, pas près de l'appareil. Ce qu'il protège, c'est le câble, qui est ce qui chauffe et prend feu en cas de court-circuit.
- La norme américaine ABYC n'admet que 3 % de chute de tension sur les circuits électroniques, contre 10 % pour un simple éclairage. Un long câble de faible section fait chuter le 12 V, et une monture qui redémarre au milieu d'un Go-To n'a souvent pas d'autre cause.
- Le fil embarqué est multibrin et étamé : le cuivre nu s'oxyde à l'air humide, et le fil rigide casse sous la vibration. Un contact oxydé, c'est une résistance en série qui n'était pas prévue.
La batterie embarquée ajoute un point qui compte en hiver : une batterie LiFePO4 ne se recharge pas normalement sous 0 °C. Sous cette température, le courant de charge doit être fortement réduit, faute de quoi le dommage est irréversible. La décharge, elle, reste possible. On charge donc au chaud, et on décharge dehors.
Orages et surtensions
Un appareil éteint mais resté branché n'est pas protégé : la surtension provoquée par un impact voisin franchit sans difficulté un interrupteur ouvert. Un parafoudre aide, mais il s'use, ses composants se sacrifiant à chaque surtension : un modèle ancien peut ne plus rien arrêter sans que rien ne le signale. Devant un orage annoncé, la seule mesure sûre reste de débrancher, câbles de données compris. Nous y revenons dans Attention aux orages !
Chercher la panne avant de changer une pièce
- Changez d'alimentation et de câble avant tout le reste : le faux contact et le connecteur oxydé sont les causes les plus fréquentes.
- Séparez la mécanique de l'électronique : si le suivi sidéral tourne et si les pointages aboutissent, les moteurs et la mécanique sont hors de cause.
- Une panne limitée à un seul axe désigne plutôt le moteur de cet axe, ou la carte.
- Vérifiez le réglage de la liaison série avant de conclure. Le port USB intégré des cartes HEQ5-R et EQ6-R dialogue à 115 200 bauds, valeur qu'aucun pilote ne propose par défaut : à 9 600, la liaison s'ouvre quand même et la monture interprète n'importe quoi.
- Essayez un autre canal. Pour l'autoguidage, un câble ST4 entre la caméra de guidage et la monture remplace les impulsions envoyées par ASCOM : c'est un peu moins fin, mais cela met en jeu d'autres circuits de la carte et le résultat est parlant.
- Ne concluez rien d'une mise à jour de micrologiciel réussie : elle prouve que la carte accepte la mise à jour, pas qu'elle fonctionne.
- Nettoyez les contacts oxydés des connecteurs de la monture et de la raquette. Le geste est décrit dans la FAQ J'ai des pannes intermittentes sur ma monture, que faire ?
- Mettez le câble USB hors de cause, il l'est plus souvent qu'on ne le croit : voir Problèmes de câbles USB : qualité, longueur et compatibilité.
Remplacer la carte
Quand tout le reste a été mis hors de cause, le remplacement de la carte électronique règle en général le problème. Nous tenons en pièces détachées la carte électronique des AZ-EQ6, EQ6-R, EQ8-R et EQ8-RH, ainsi que le panneau électronique complet avec port USB pour EQ6-R. L'opération ne demande pas d'outillage particulier, mais quatre précautions : repérer la position de chaque branchement avant de débrancher quoi que ce soit, reprendre à l'identique la position des micro-interrupteurs de la carte d'origine, tirer doucement sur les câbles, et se décharger de son électricité statique avant toute manipulation de la carte.
Une monture n'est pas prévue pour être ouverte en entretien courant. Comme sur tout matériel, un défaut qui résulterait d'un démontage ne serait pas pris en charge au titre de la garantie : en cas de doute, écrivez-nous avant d'intervenir. Si le matériel est encore sous garantie, la prise en charge se fait par notre SAV, à l'adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..
Nos pièces détachées, cartes électroniques comprises : Cliquez-ici ! Nos interfaces EQ-Direct : Cliquez-ici !
D'où viennent ces chiffres
- Cycles d'insertion des connecteurs USB : spécifications USB, synthèse Wikipédia.
- Durée de vie des condensateurs électrolytiques et règle des 10 °C : XP Power.
- Soudures sans plomb et barbes d'étain : rapport NASA NEPP et synthèse Wikipédia.
- Seuils de destruction par décharge électrostatique : Wikipédia.
- Boucles de masse en astrophotographie : Astrojolo.
- Fusibles, chute de tension et fil étamé, règles ABYC : West Marine.
- Charge des batteries LiFePO4 par temps froid : RELiON.
- Absence d'isolation entre le côté USB et le côté série d'un convertisseur FTDI, masses communes et alimentation prise sur le bus : fiche technique FTDI TTL-232R.
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- J'ai des problèmes d'autoguidage, comment les résoudre ?.
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